Montée de la xénophobie : Le président du parti FIDEL lance un appel au peuple sud-africain.
ACTUALITé
Frères et sœurs d’Afrique du Sud, enfants de la nation Arc-en-ciel,
Je m’adresse à vous aujourd’hui non pas comme un étranger, mais comme le fils d’une terre qui a saigné pour votre liberté. Je vous parle au nom d’un passé qui nous lie à jamais, au nom de cette Afrique qui s’est levée d’un seul bloc lorsque vous étiez à genoux sous le talon de fer de l’apartheid.
Regardez vos mains, regardez vos rues, regardez la liberté qui coule aujourd’hui dans vos veines. Cette liberté a un prix, et ce prix, toute l’Afrique l’a payé avec vous.
Quand le régime raciste de Pretoria vous privait de vos droits les plus élémentaires, quand il traquait vos leaders, vous souvenez-vous de qui vous a ouvert les bras ? C’est la Guinée d’Ahmed Sékou Touré. Nous ne vous avons pas seulement donné des mots de réconfort ; nous vous avons donné les moyens de vous battre !
Souvenez-vous d’Oliver Tambo, le père spirituel de votre libération, l’homme qui a porté l’ANC sur ses épaules pendant que Mandela était gravé dans la pierre de Robben Island. Où est-il venu chercher la force quand le monde vous tournait le dos ? Il est venu ici, en Guinée !
C’est sur notre sol, dans les camps militaires de Kindia, qu’Oliver Tambo et des vagues de jeunes combattants sud-africains de l’aile armée Umkhonto we Sizwe ont été accueillis. À Kindia, loin de leurs familles, vos compatriotes ont appris le maniement des armes, la stratégie de combat et la discipline militaire grâce aux instructeurs guinéens. Sékou Touré a mis les garnisons de notre armée à votre disposition pour que vous puissiez reconquérir votre dignité par la force de la justice.
Nous étions pauvres. La Guinée sortait à peine des chaînes du colonialisme, elle manquait de tout. Pourtant, à Kindia, à Conakry, nulle part le peuple guinéen n’a dit : « Ces Sud-Africains viennent prendre nos ressources ». Sékou Touré répétait : « La Guinée ne sera pas libre tant que l’Afrique du Sud sera enchaînée ! » Nous avons partagé nos rations, notre terre et nos secrets militaires. Nous avons donné des passeports diplomatiques à vos militants. Nous avons fait de votre fille, l’immense Miriam Makeba, une citoyenne de Guinée pour porter votre voix à l’ONU.
Alors aujourd’hui, voir des frères africains traqués, lynchés, accusés d’être la cause de vos souffrances et de votre chômage dans les rues de Johannesburg ou de Durban, c’est une flèche empoisonnée plantée dans le cœur de l’histoire.
Comment le peuple de Mandela, de Biko et d’Oliver Tambo peut-il se tromper de cible à ce point ?
Le chômage qui vous étrangle, la misère qui vous opprime ne sont pas la faute de ce frère zimbabwéen, nigérian ou guinéen qui tient une petite échoppe pour survivre. Vos véritables ennemis sont les inégalités économiques, les promesses non tenues et les injustices structurelles que votre pays doit encore vaincre. Ne laissez pas la colère vous aveugler au point de détruire la solidarité qui vous a sauvés. En frappant l’étranger africain, c’est la mémoire de ceux qui ont souffert à Kindia pour votre liberté que vous piétinez. C’est l’âme même de l’Afrique que vous mutilez.
Au nom des sacrifices de Kindia, au nom du sang versé en commun, retrouvez votre dignité. Souvenez-vous de l’Ubuntu : « Je suis parce que nous sommes ». L’Afrique du Sud est le fruit de la fraternité africaine. Ne brisez pas l’arbre qui vous a protégés pendant la tempête.
L’honorable Mohamed Lamine Kaba député GMD (Génération pour la Modernité et le Développement)