Lutte contre la drogue en Guinée : les acteurs plaident pour des réponses innovantes face à un phénomène en mutation
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À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic illicite des drogues, célébrée ce vendredi 26 juin 2026, l’Institut itinérant de formation et de prévention intégrées contre la drogue et autres conduites addictives (IIFPIDCA) a organisé à Conakry une table ronde réunissant les principaux acteurs impliqués dans la lutte contre ce fléau.
Des représentants des Douanes, de la Police, de la Gendarmerie, de la Justice ainsi que d’autres partenaires institutionnels ont pris part à cette rencontre, consacrée aux défis liés à la prévention, à la répression et au démantèlement des réseaux de trafic de stupéfiants.

Ouvrant les travaux, le directeur de l’IIFPIDCA, le Dr Thierno Bah, a rappelé que cette journée, célébrée chaque année le 26 juin sous l’égide des Nations Unies, constitue un moment de mobilisation internationale face à un phénomène qui touche toutes les couches de la société, sans distinction d’âge, de sexe, de religion ou de statut social.
« Pour l’édition 2026, le thème retenu par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime est : Le problème mondial de la drogue : des dangers persistants, de nouveaux défis et des réponses innovantes. Ce thème reflète parfaitement les réalités actuelles. Les réseaux criminels innovent sans cesse, de nouvelles substances psychoactives apparaissent sur les marchés mondiaux et les modes de consommation évoluent. Pendant ce temps, les conséquences sanitaires, sociales, économiques et sécuritaires deviennent de plus en plus préoccupantes », a-t-il déclaré.
Selon lui, les profondes mutations observées imposent un changement de stratégie.
« Nous ne pouvons plus nous contenter des réponses d’hier. Nous devons construire des approches nouvelles, intégrées et fondées sur la science, la prévention, la coopération internationale et l’innovation. Notre position géographique, l’évolution des flux internationaux, la vulnérabilité d’une partie de notre jeunesse ainsi que les nouvelles formes de criminalité exigent une vigilance permanente et des réponses adaptées », a-t-il affirmé.
Le directeur de l’IIFPIDCA estime toutefois que cette situation ne doit pas conduire au découragement.
« La lutte contre la drogue ne relève pas uniquement des forces de sécurité ou de la justice. Elle concerne également l’éducation, la santé publique, la recherche scientifique, le développement humain et la protection de notre jeunesse. C’est dans cette vision globale que s’inscrit l’action de notre institut, créé pour former, prévenir, mener des recherches et accompagner les politiques publiques en matière de lutte contre la drogue et les conduites addictives », a-t-il ajouté.
Prenant la parole au nom de la Direction générale des Douanes, le commandant Alhaoudine Barry a mis en garde contre l’évolution des méthodes utilisées par les trafiquants.
Selon lui, l’essor des activités minières, accompagné d’une intensification du trafic maritime et aérien, offre de nouvelles opportunités aux réseaux criminels, qui exploitent désormais les circuits du commerce légal pour masquer leurs activités.
« Sur le littoral, plusieurs villas disposent d’un accès direct à la mer grâce à de petites embarcations. Ces dernières permettent aux trafiquants d’introduire des cargaisons de drogue en contournant les frontières sécurisées. Les réseaux criminels utilisent aujourd’hui des balises GPS placées dans des sacs immergés en mer. Ces colis sont ensuite récupérés grâce à des applications de géolocalisation avant d’être acheminés discrètement vers les concessions, puis vers la ville. C’est un défi majeur pour les services de sécurité », a-t-il expliqué.
Face à cette menace, les Douanes ont renforcé leur dispositif de surveillance maritime.
« Nous avons mis en service des vedettes qui effectuent régulièrement des patrouilles en haute mer. Je dirige personnellement cette équipe. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Gendarmerie maritime, la Marine nationale, les GFS ainsi que les autres services de sécurité », a-t-il précisé.
Il a également salué le renforcement de la coopération entre les forces de défense et de sécurité.
« Les principales substances consommées par notre jeunesse sont importées. Cette réalité nous interpelle tous et nous oblige à renforcer davantage la coopération entre les différents services », a-t-il insisté.
De son côté, Me Daouda Djomandé, avocat général près la Cour d’appel de Conakry, a réaffirmé l’engagement de la justice dans la lutte contre le trafic de drogue.
« Nous travaillons en étroite collaboration avec l’ensemble des services concernés. Les statistiques enregistrées dans les juridictions montrent que le phénomène prend une ampleur inquiétante. C’est pourquoi nous appelons tous les acteurs à redoubler d’efforts. Nous saluons également l’initiative de l’IIFPIDCA, qui contribue chaque année à sensibiliser l’opinion sur l’importance de ce combat. Nous espérons que les statistiques de l’année prochaine traduiront les progrès réalisés grâce aux efforts conjugués de tous », a-t-il déclaré.

À travers cette rencontre, les participants ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coordination entre les institutions afin d’apporter des réponses plus efficaces face à un trafic de drogue en constante évolution et dont les conséquences pèsent lourdement sur la sécurité et le développement du pays.
Kalifatou Doumbouya