Justice à Kankan : le ministre Ibrahima Sory II Tounkara annonce des sanctions contre les magistrats défaillants
ACTUALITé
En mission dans le ressort de la cour d’appel de Kankan, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a dénoncé les retards dans le traitement des dossiers judiciaires et les absences injustifiées de certains responsables. Il a appelé à davantage de rigueur dans le fonctionnement des juridictions et prévenu que les manquements professionnels pourraient être sanctionnés.
Au cours de cette mission, le ministre a rencontré les acteurs judiciaires de Kankan et visité la maison d’arrêt, le tribunal de première instance (TPI) ainsi que la cour d’appel. Ces échanges lui ont permis de s’informer sur les difficultés auxquelles les juridictions sont confrontées.
Cinq greffiers pour quinze magistrats
Lors des discussions, le premier président de la cour d’appel de Kankan, Simon Pierre Lamah, a notamment évoqué l’insuffisance du personnel, le manque de chambres correctionnelles et les difficultés liées au suivi des procédures en appel.
Selon lui, la juridiction ne dispose que de cinq greffiers pour quinze magistrats. Un effectif qu’il juge insuffisant pour assurer le bon fonctionnement de la cour.
Il a également souligné que certains justiciables abandonnent ou ne suivent plus leurs procédures en appel, notamment en raison de l’éloignement de la cour et du manque de moyens financiers. Les frais de transport judiciaire ainsi que les absences non autorisées de certains chefs de juridiction ont aussi été évoqués parmi les difficultés rencontrées.
« Les procédures sont en train de dormir dans les bureaux »
En réponse à ces préoccupations, le ministre de la Justice a appelé les responsables judiciaires à renforcer la supervision des juridictions et à signaler les absences injustifiées.
« Monsieur le Premier Président, si vous constatez que le premier responsable, qui est le chef de juridiction, n’est pas constamment au niveau de la juridiction, informez-nous. Parce que ce n’est pas normal. On ne peut pas avoir une telle responsabilité et se mettre à se promener », a-t-il déclaré.
Ibrahima Sory II Tounkara a également déploré le comportement de certains magistrats, qu’il estime davantage préoccupés par leurs déplacements et leur présence sur les réseaux sociaux que par le traitement des dossiers judiciaires.
« Ils sont sur les réseaux sociaux. Vous les voyez un peu partout à travers le monde. Les procédures sont en train de dormir dans les bureaux. Ce n’est pas normal. Informez-nous », a-t-il insisté.
« La cour d’appel ne doit pas être le cimetière des procédures »
Le Garde des Sceaux a particulièrement insisté sur la nécessité d’accélérer le traitement des dossiers, notamment en matière criminelle.
« Il ne faut pas que la cour d’appel soit le cimetière des procédures. Soyez donc proactifs dans le traitement des dossiers », a-t-il lancé aux acteurs judiciaires.
Il a également plaidé pour une programmation plus régulière des audiences criminelles, estimant que leur tenue ne devait pas dépendre de la pression médiatique. Pour le ministre, le traitement des affaires judiciaires doit s’inscrire dans une dynamique de régularité et de diligence.
Des sanctions annoncées contre les magistrats défaillants
Le ministre a enfin prévenu que les manquements aux obligations professionnelles pourraient entraîner des sanctions.
« Je sais que les magistrats aiment se promener. On me l’a souvent dit. Je vous assure qu’au retour de cette mission, on va commencer à sévir, puisque la loi nous autorise à prendre certaines dispositions. On ne va plus hésiter à sanctionner le magistrat qui ne fera pas bien son travail », a-t-il averti.
Tout en insistant sur la discipline, la présence effective des responsables et la diligence dans le traitement des procédures, Ibrahima Sory II Tounkara a assuré que des efforts se poursuivraient pour améliorer les conditions de travail des acteurs judiciaires.