DIMANCHE 25 OCTOBRE 2026
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Guinée : griots, musique et arts, les gardiens de la mémoire et de l’identité culturelle

ACTUALITé

En Guinée, les griots, la musique et les différentes formes d’expression artistique occupent une place importante dans la transmission de la mémoire collective, la préservation des traditions et le rapprochement entre les communautés. Depuis l’indépendance, la culture a également été mobilisée comme un moyen de promouvoir l’unité nationale et de valoriser la diversité culturelle du pays.

Le griot, appelé Djeli en malinké, ne se limite pas au rôle d’artiste ou de conteur. Héritier d’une longue tradition orale, il est également considéré comme un dépositaire de la mémoire, de l’histoire et des valeurs sociales. À travers la parole, la musique et les récits transmis de génération en génération, les griots participent à la conservation du patrimoine culturel.

Au-delà du divertissement, la musique et les arts constituent ainsi des moyens de transmission de l’histoire, des traditions et des valeurs qui fondent l’identité culturelle guinéenne. Cette dimension a particulièrement pris de l’ampleur au lendemain de l’indépendance.

La musique au service de l’unité nationale

Après l’accession de la Guinée à l’indépendance, sous la présidence d’Ahmed Sékou Touré, la culture, et particulièrement la musique, a été placée au cœur de la politique de construction de l’unité nationale.

La création et la promotion des orchestres nationaux ont favorisé l’émergence d’un mouvement artistique destiné à valoriser les différentes composantes culturelles du pays. Les artistes étaient encouragés à s’inspirer des rythmes, des traditions et des réalités des différentes régions naturelles de la Guinée.

Selon Alpha Traoré, consultant culturel, cette orientation a permis de donner une nouvelle dimension au patrimoine artistique national.

« Les griots ont toujours été porteurs de sagesse, de messages de paix, de joie et de recueillement. Leur rôle ne se limitait pas au folklore. Ils étaient également des messagers et des porte-parole auprès des dirigeants », explique-t-il.

À partir des années 1960, plusieurs formations musicales nationales ont ainsi vu le jour. Parmi elles figuraient notamment le Bembeya Jazz National, le Horoya Band, le Boiro Band, Kèlètigui et ses Tambourinis ainsi que Balla et ses Baladins.

Ces formations ont contribué à populariser les rythmes et instruments traditionnels tout en développant un répertoire musical à vocation nationale.

Les orchestres, espaces de brassage culturel

La création des orchestres nationaux a également favorisé le brassage entre artistes issus de différentes régions et communautés. Instrumentistes, chanteurs et danseurs se retrouvaient au sein de formations communes, permettant ainsi la rencontre de plusieurs traditions musicales.

Les festivals, fêtes nationales, cérémonies et autres manifestations culturelles constituaient également des occasions de rassemblement. Ces événements permettaient aux artistes de présenter leurs créations devant un public diversifié et de faire découvrir les particularités culturelles des différentes régions du pays.

Cette dynamique a progressivement contribué à faire de la musique un espace de rencontre et de partage.

Pour Alpha Traoré, cette période reste une référence dans l’histoire culturelle du pays.

« À partir de 1961, nous avons connu la création de plusieurs troupes et orchestres nationaux. Leur mission était notamment de sensibiliser la population et de valoriser notre patrimoine culturel », rappelle-t-il.

Sory Kandia Kouyaté, une voix associée au rapprochement

Parmi les grandes figures de la musique et de la tradition orale guinéennes, Sory Kandia Kouyaté occupe une place particulière. Maître griot, chanteur et compositeur, il demeure dans la mémoire collective comme l’une des grandes voix de la musique guinéenne et ouest-africaine.

Son rôle est également évoqué dans le contexte des efforts de rapprochement entre dirigeants africains.

En 1975, alors qu’un conflit frontalier opposait le Mali à la Haute-Volta, devenue aujourd’hui le Burkina Faso, des démarches diplomatiques étaient engagées pour favoriser une sortie de crise.

Selon des témoignages rapportés par Alpha Traoré, Sory Kandia Kouyaté aurait participé à une rencontre organisée à Conakry entre le président malien Moussa Traoré et le président voltaïque Sangoulé Lamizana.

À travers les récits, les généalogies et le rappel des liens historiques entre les peuples, le griot aurait contribué à créer un climat favorable au rapprochement entre les deux dirigeants.

Alpha Traoré considère cet épisode comme une illustration du rôle que peuvent jouer les griots dans la médiation culturelle et la recherche de la paix.

« Le griot a toujours été le messager. Il sait, par la parole, créer la joie, rappeler les liens entre les peuples et contribuer à la paix », souligne-t-il.

Les griots, des messagers de l’histoire

Bien avant l’indépendance, les griots occupaient déjà une fonction importante dans les sociétés traditionnelles. Ils étaient notamment chargés de conserver et de transmettre les récits historiques, les généalogies et les hauts faits des grandes figures de l’histoire.

Dans son témoignage, Alpha Traoré cite notamment Samory Touré, Alpha Yaya Diallo et Dinah Salifou parmi les figures historiques dont la mémoire a été portée par la tradition orale.

Selon lui, le griot pouvait également jouer un rôle de conseiller et de porte-parole auprès des dirigeants.

« Le griot avait l’audace de dire la vérité au dirigeant. Il était celui qui savait trouver les mots pour transmettre un message, rappeler une réalité et préserver la paix », explique-t-il.

Cette fonction de transmission de la mémoire a continué à évoluer avec le temps, notamment à travers la musique et les différentes formes d’expression artistique.

De la musique nationale à l’initiative privée

Après la période des orchestres nationaux, le secteur musical guinéen a progressivement connu une transformation avec le développement de l’initiative privée.

Alpha Traoré évoque notamment les années 1980 comme une période marquée par l’émergence de nouveaux acteurs de la production et de la promotion musicale.

Cette évolution a permis à de nombreux artistes et producteurs de poursuivre la dynamique engagée autour de la valorisation de la musique guinéenne.

Jusqu’aux années 2000, la musique guinéenne a continué à occuper une place importante dans la représentation culturelle du pays.

Avec l’arrivée du numérique, le paysage artistique a toutefois profondément changé. Une nouvelle génération d’artistes s’est développée à travers les réseaux sociaux, les plateformes numériques et de nouveaux modes de production et de diffusion.

Pour Alpha Traoré, cette transformation constitue à la fois une évolution du secteur et un défi en matière de transmission des valeurs culturelles.

Préserver le patrimoine pour les générations futures

L’histoire de la musique guinéenne montre ainsi que l’art dépasse largement le cadre du spectacle. À travers les griots, les orchestres, les festivals et les différentes expressions culturelles, la société guinéenne a construit des espaces de transmission, de rencontre et de dialogue.

Aujourd’hui, la préservation de ce patrimoine demeure un enjeu pour les nouvelles générations. La transmission des savoirs traditionnels, des récits historiques, des rythmes et des valeurs culturelles passe notamment par les artistes, les griots, les enseignants, les chercheurs et les acteurs culturels.

Dans un contexte marqué par la transformation rapide des modes de communication, la question est désormais de savoir comment préserver cet héritage tout en permettant à la nouvelle génération de l’adapter aux réalités contemporaines.

La musique, les arts et la tradition orale continuent ainsi de participer à la construction de l’identité culturelle guinéenne et à la création de liens entre les différentes composantes de la société.

Selon Sékou Diakité, artiste-compositeur et membre fondateur du Bembeya Jazz National, Cette dynamique reposait sur une mobilisation collective. « Les orchestres nationaux étaient une œuvre collective. Chacun devait apporter sa Contribution. C’était un mouvement qui concernait tout le monde », explique-t-il.

Cette politique culturelle s’est notamment appuyée sur la valorisation des rythmes et traditions des différentes régions naturelles de la Guinée. Les artistes étaient ainsi appelés à s’inspirer du patrimoine culturel local pour créer une musique nationale capable de dépasser les appartenances régionales.

 

Des festivals et manifestations culturelles étaient organisés à travers le pays.

Ils permettaient aux artistes issus des différentes régions de se rencontrer, de présenter leurs créations et de contribuer à la construction d’un patrimoine culturel commun.

 

  Kalifatou Doumbouya